L'écran crevé


Archive de la catégorie

Liste des articles dans la catégorie Voyage, voyage….

L’ODYSSEE DE PI ***

D’Ang Lee.L'ODYSSEE DE PI   *** dans 3 étoiles *** 20298702.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-225x300

 

L’histoire incroyable de Pi (pour Piscine Molitor Patel (!), qui quitte avec sa famille Pondichéry et le zoo où il a grandi pour vivre au Canada où l’attend une vie nouvelle. Son destin va être bouleversé par le violent naufrage en pleine mer du cargo qui les transporte, les animaux, sa famille et lui. Pi se retrouve alors seul… ou presque, sur un canot de sauvetage. En effet, Richard Parker, un splendide et féroce tigre du Bengale, est également du voyage. Les deux naufragés vont devoir cohabiter lors d’une odyssée hors du commun…

Le grand succès littéraire du roman de Yann Martel tient de son histoire magnifique, qui allie la fable, l’aventure à couper le souffle et le métaphysique. Une Odyssée bien difficile à traduire en images en raison de son parti pris et de son pitch complètement hors normes (un homme, un bateau, un tigre et beaucoup d’eau…), aujourd’hui possible grâce aux nouvelles technologies dont a pu disposer le réalisateur oscarisé de Tigre et Dragon et de Brokeback Mountain.

D’un point de vue esthétique, le résultat, en 3D ou non, est simplement somptueux. En mêlant les images d’animation de synthèse aux différents formats « cinémas », Ang lee est parvenu à donner vie à un univers à la fois violent et doux, poétique, onirique et réaliste, auquel on s’identifie et s’attache. Sans se contenter de cela, la mise en scène, les personnages et les dialogues se mettent également au service de l’histoire, qui captivera son public presque de bout en bout. Un film captivant donc, souvent drôle et touchant quand il le faut… En faut-il beaucoup plus ?

20313347.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-300x210 adaptation dans Ce n'est (pas) que pour les enfants

Richard Parker en colère... Tout le monde sait pourtant que les chats n'aiment pas l'eau...

Bien sûr, certains trouveront que le décor met trop longtemps à s’installer, que les allers et retours passé/présent provoquent la confusion et que le temps est parfois long sur la petite embarcation. Mais l’on se laisse agréablement surprendre et entraîner par cette Odyssée qui emprunte à l’arche de Noé, à Seul au monde ou au Pari de Pascal dans sa façon d’aborder la religion.

En métissant à ce point le réel et le rêvé, le cinéaste fait une fois encore sauter les barrières, promettant de chambouler, pour le meilleur et pour le Pi, l’imagination de son spectateur.

à partir de 10 ans

États-Unis. Aventure, drame. 2 h 5 min.

Sortie : 19 décembre.

Scénario : David Magee,

d’après l’oeuvre de Yann Martel.

Photographie : Claudio Miranda.

Musique : Mychael Danna.

Interprètes :

Suraj Sharma (Pi Patel),

Irrfan Khan (Pi Patel adulte),

Adil Hussain (Santosh Patel),

Gérard Depardieu (le cuisinier)…


JUSQU’À CE QUE LA FIN DU MONDE NOUS SEPARE ***

De Lorene Scafaria.JUSQU'À CE QUE LA FIN DU MONDE NOUS SEPARE  *** dans 3 étoiles *** 20135951.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120612_020835-225x300

 

Un astéroïde va bientôt s’écraser sur Terre, mettant fin à tout espoir pour l’humanité. Un mois avant l’apocalypse, la femme de Dodge le quitte. Ce vendeur d’assurance pas franchement heureux, choisit alors de partir à la recherche de son amour d’enfance. Dans son périple, il entraîne Penny, sa voisine délurée qui rêve de rentrer en Angleterre pour finir ses jours auprès de sa famille…

La première réalisation de Lorene Scafaria est bien audacieuse. La scénariste du gentil Une nuit à New York choisit ici de mettre en scène la fin des temps de Monsieur Tout-le-Monde. On oublie les actes héroïques des héros d’Armageddon, ou encore l’esthétique exacerbée du Melancholia de Lars Von Trier. Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare est une fable romantique sur fond d’apocalypse, étrangement bien plus « réaliste » que nombre de ses prédécesseurs.

20136283.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120612_045056-300x199 amour dans Les histoires d'amour finissent sur la toile... en général.

Steve Carell attend l'apocalypse

Ici, Scafaria joue avec les contraires et les asymétries. Les situations sont connues, mais en constant décalage, à commencer par le couple formé par les deux héros (Dont un Steve Carell excellent). Impensable, impossible, d’unir la précieuse anglaise et le clown blanc américain… et pourtant, on finit par croire en ce duo bien touchant.  Autour d’eux, plus rien n’a d’importance, puisque tout est déjà fini. Le film sacrifie donc sans gêne situations, personnages et enjeux au profit d’une rencontre unique, capable de changer tout ce qui reste d’une vie, au son d’une chouette bande-son pop-rock bien rythmée.

Dans cette ambiance à la fois crépusculaire et euphorisante pour la « libération » qu’elle offre, on pense au très bon les Derniers  jours du monde des frères Larrieu, et où, comme chez Scafaria, le contexte n’écrase pas les personnages et restes une toile de fond aux rapports humains. Faisant de ses clichés des situations originales, cette fin du monde triste et lumineuse à la fois mérite votre attention… au moins jusqu’à fin 2012 ?

20161836.JPG-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx-199x300 apocalypse dans On rit ou on pleure ?

Profitez bien du pauvre William Petersen... un "expert" en fin du monde.

USA. Comédie dramatique. 1 h 34

Sortie française : 8 août 2012.

Scénario : Lorene Scafaria.

Photographie : Tim Orr.

Interprètes : 

Steve Carell (Dodge),

Keira Knightley (Penny),

Martin Sheen (Frank)…


HOLY MOTORS ***

De Leos Carax.
Holy Motors

Jour après jour, Monsieur Oscar joue à l’acteur lors des différentes rencontres qui jalonnent sa journée. Conduit par Céline, son chauffeur, il roule de l’aube à la nuit dans sa grande limousine blanche et incarne tour à tour un grand patron, une mendiante, un meurtrier, un père de famille ou une créature répugnante. Seul et en complète immersion, il vit complètement chacun de ses rôles, poursuivant inlassablement la beauté du geste. Sans repos, ni maison, Oscar erre dans la vie.

Pour être tout à fait honnête, je n’attendais pas cet Holy Motors avec une impatience particulière. Après avoir vécu une petite expérience loin d’être satisfaisante avec Pola X, j’avais tout juste été intrigué par le segment réalisé par Carax pour Tokyo! (aux côtés de Gondry et Joon-ho Bong), mettant en scène Monsieur Merde. Je me suis donc cru hermétique à ce Carax, cinéaste estampillé « poète maudit ».

Holy Motors

D'un point de vue plastique... c'est fantastique

Mais bien sûr, il y a un « mais »… La vrai bonne surprise avec Holy Motors, c’est son accessibilité. Le film offre au spectateur une succession de tableaux d’une beauté plastique fulgurante, fragments de vies de ce personnage qui déambule entre ses rôles. Si leur signification semble souvent abstraite, chacun d’entre eux fait sens, ne serait-ce que par la vision poétique qui les anime. Tous ces segments sont reliés par Oscar, personnage central porteur du film. Depuis sa limousine (Qui n’est pas sans rappeler celle que Cronenberg a récemment offert a Robert Pattinson dans son adaptation du Cosmopolis de Delillo…) qui l’emmène vers ses « rendez-vous », il prépare ses personnages, comme autant de tiroirs qui jailliraient sans cesse, si bien que l’on ne peut (presque) plus reconnaître l’original.

Pour l’incarner, Denis Lavant livre une performance assez incroyable, d’une rare intensité physique. Véritable « gueule » du cinéma français, il semble autant se donner à chacun de ses onze rôles que le cinéaste et sa caméra numérique (Carax « pactise avec l’ennemi ») donnent à l’acteur. Il est le moteur, sublimé, au cœur du film.

Holy Motors

Monsieur Merde : Dites-le avec des fleurs !

Alors forcément, on pourra reprocher à Holy Motors d’être autocentré, hermétique à celui qui ne voudra pas monter à son bord. De plus, dans la mesure où il s’agit ici d’une déclaration d’amour surréaliste au cinéma, la trame narrative peut paraître un peu poussive, faisant feu de pas grand chose… mais nul doute, la folle poésie des images en séduira plus d’un. Monsieur Merde déchaîné capturant un mannequin, corps animé lors d’une séance d’enregistrement de « motion capture », père de famille fatigué ou intermittent de la vie qui réalise qu’il a raté quelque chose, chaque tableau développe un intérêt qui lui sera propre. Entre les scènes d’introduction et de conclusion horriblement (et drôlement) pessimistes, on retiendra évidemment la rencontre bourrée de nostalgie avec Kylie Minogue, ainsi que la chanson finale Revivre, de Gérard Manset, qui clôt avec panache ce rêve éveillé. Rarement la fatalité aura été d’un telle beauté, et rien que pour cela, il serait dommage de rater la séance…

Holy Motors

Le paradis des limos selon Carax

Drame. France, Allemagne. 1 h 55.

Sortie française : 4 juillet 2012.

Réalisation : Leos Carax.

Scénario : Leos Carax.

Photographie : Caroline Champetier.

Interprètes :

Denis Lavant (Monsieur Oscar),

Edith Scob (Céline),

Eva Mendes (Kay M.),

Kylie Minogue (Eva/Jean)…


SUR LA ROUTE **

Drame. USA, France, Angleterre. 2 h 20.sur la route

Sortie française : 23 mai 2012.

Réalisation :

Walter Salles.

Scénario :

Jose Rivera,

D’après l’œuvre de Jack Kerouac.

Photographie :

Eric Gauthier.

Musique :

Gustavo Santaolalla.

Interprètes : 

Garrett Hedlund (Dean Moriarty),

Sam Riley (Sal Paradise),

Kristen Stewart (Marylou),

Kirsten Dunst (Camille)…

 

New York, années 50. Au lendemain de la mort de son père, l’apprenti écrivain Sal Paradise rencontre un jeune ex-taulard au charme ravageur, Dean Moriarty. Récemment marié à la très libre Marylou, Dean débauche Sal, et de leur amitié nouvelle naissent de grands projets de voyage. Décidés à s’évader de leurs vies new-yorkaises trop étriquées, les amis prennent la route, à la rencontre du monde et d’eux-mêmes.

Réalisateur de Carnets de voyage en 2004, d’une famille brésilienne en 2009, mais aussi de Dark Water (!) en 2005, Walter Salles n’a jamais caché son attirance pour la figure du voyage. Mais en s’attaquant à la mythique figure beatnik qu’est le roman de Jack Kerouac, on peut dire que le brésilien a placé la barre très haut.

sur la route

on the road... again ?

Ce road-movie travaille son image et se veut aussi poétique que possible au travers de jolis couchers de soleil embrassant les paysages de grandeurs. Il dispose également de deux atouts de charme : le magnétique Garrett Hedlund, prodigieux profiteur, au moins autant cultivé que décérébré, accompagné par une Kristen Stewart rejetant comme il se doit son image de « Bella » et démontrant à ceux qui en douterait qu’elle sait s’y prendre pour faire tourner les têtes. (Une double masturbation à ses deux comparses, tous nus à l’avant d’une vieille voiture américaine fonçant bien au delà des limites de vitesse, ça fait toujours son petit effet…)

Bien sûr, vous aurez compris que l’on garde ici le cocktail sexe, drogues en tout genre et musique be-bop indissociables de la vie façon Beat generation. Grâce à de nombreuses incartades littéraires en voix-off, on retrace le parcours de Sal (Kerouac). Le texte est beau, mais le vrai problème est peut-être que Salles essaye de l’illustrer. Dans cette adaptation, on suis un chemin physique, sans « entrer » dans les personnages autrement que par l’intermédiaire de citations empruntées. Sur la route est avant tout un livre où le narrateur (auteur…) se découvre. La route n’est plus un lieu de passage mais un lieu où l’on est, notion vraiment compliquée à adapter au cinéma.

sur la route

alcool, tabac et machine à écrire... un chef d'œuvre en préparation ?

Dans la masse, on trouvera quand même de nombreux éléments qui atteindront les amateurs. Par exemple, le Carlo de Salles sera rapidement apparenté à l’écrivain Allen Ginsberg, et les héros passent leur temps à lire et relire le roman de Proust, Du côté de chez Swann (traduit par Swann’s way…). Plus loin on sourira devant Bull Lee, alter ego de Bill Lee, lui-même avatar de William Burroughs, l’un des mentors de Kerouac et Ginsberg. Comme le hasard fait bien les choses, pour interpréter ce fantastique personnage, on retrouve Viggo Mortensen, l’un des acteurs fétiche de Cronenberg, par ailleurs réalisateur d’une invraisemblable, contestable et donc réussie adaptation du Festin nu de ce même Burroughs. Là où justement le festin nu parvenait à faire douter et à mélanger l’univers mental (Ô combien complexe) et physique de l’auteur, Sur la route reste dans le réel et le physique. C’est un choix, mais ce que j’attendais, c’était justement une sortie de route…


yerlifilmizle |
bellebabystar11 |
Thewalterblog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | A'bou Hartmann
| Leslapinsdelisa
| Cinedays