L'écran crevé


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AMOUR *****

De Michael Haneke.AMOUR   ***** dans 5 étoiles ***** 20121558.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-20120528_085925-222x300

Anne et Georges sont octogénaires. Professeurs de musique à la retraite cultivés et aimants, ils ont une fille également musicienne qui vit à l’étranger avec sa famille. À la suite d’une petite attaque cérébrale, Anne doit être hospitalisée et se retrouve paralysée d’un côté. Malgré un rapide retour dans l’appartement, l’amour qui unit Anne et Georges va être mis à rude épreuve. Le vieux couple doit se préparer à affronter l’innommable…

Amour, voici un titre bien prétentieux. Pourtant… que dire des émotions ressenties face au nouveau drame de Michael Haneke ? Si l’on avait tremblé devant l’horreur de Funny Games, Caché, ou Le Ruban Blanc (qui avait déjà permis au cinéaste de remporter sa première Palme d’or en 2009) on reste sans voix face à ce film sobre, doux, qui aborde de la manière la plus « humaine » qui soit un sujet si douloureux et dérangeant, encore aujourd’hui tabou, surtout au cinéma.

Le cinéma a souvent pour vocation d’emmener le spectateur là où il n’était encore jamais allé. C’est plus que jamais valable pour Amour, qui pose avec pudeur la question de savoir comment gérer la souffrance de celui ou celle que l’on aime.

20085723.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-20120419_011213-300x200 amour dans C'est français !
Haneke et ses acteurs : il n’y a pas d’âge pour l’Amour

Délicat et sensible comme jamais auparavant, Haneke parvient à mettre des images sur l’indicible des sentiments. Et quelles images ! Avec une parfaite maîtrise usuelle et une empathie désarmante,  le cinéaste, sans jamais abuser d’effets inutiles, captive le public dans un huis clos dépouillé à l’extrême, jouant comme à son habitude sur la tension et le soulagement. Au milieu, évoluent deux extraordinaires comédiens (Trintignant et Riva, faits pour ce film), à la hauteur de leurs personnages.

Hormis deux courtes scènes, on ne quittera pas l’appartement du vieux couple. La vie en dehors s’est arrêtée… où plutôt continue, sans eux. Ensemble, ils luttent pour rester dignes face à cet épilogue monstrueux qui vient les saisir du jour au lendemain. Éprouvant, le voyage l’est évidemment aussi pour le spectateur, qui pourra être d’autant plus touché qu’il suffit de peu pour rattacher à cette histoire quelque chose de personnel. Sans que l’on sache vraiment comment, on est complètement désarmé face à cet Amour bien moins austère qu’il n’y paraît, et qui ne peut plus finir bien. Une histoire simple sur l’amour, bien sûr, mais aussi sur la mort, et la vie. Du très grand cinéma, qui méritait sans nul doute son or…

 

France, Allemagne, Autriche.

Drame. 2 h 7.

Date de sortie : 24 octobre.

Scénario : Michael Haneke.

Photographie : Darius Khondji.

Interprètes : 

Jean-Louis Trintignant (Georges),

Emmanuelle Riva (Anne),

Isabelle Huppert (Eva)…


DE ROUILLE ET D’OS *****

De Jacques Audiard.
de rouille et d'os

Emmenant son jeune fils de 5 ans qu’il connaît à peine, Ali quitte le Nord pour tenter sa chance sur la côte d’Azur. Sans argent, tous deux sont hébergés dans le garage de la sœur d’Ali. Tandis que le petit Sam retrouve une scolarité normale, Ali enchaîne les petits boulots, et un soir, il croise Stéphanie, une très belle fille dresseuse d’orques au parc aquatique d’Antibes. Un dramatique accident au cours duquel elle perdra ses jambes va contribuer à les rapprocher.

Le festival de Cannes est lancé et il est difficile de passer à côté du dernier film de celui qui est probablement le plus grand cinéaste français en activité. De rouille est d’os est partout, cible attendue de la notoriété (publique et critique) croissante de Jacques Audiard. Sept ans après le superbe De battre mon coeur s’est arrêté, et trois ans après le sombre et monumental Un prophète, c’est dans un tout autre registre (quoique…) que nous parvient donc cette adaptation du recueil de nouvelles du canadien Craig Davidson.

de rouille et d'os

Stéphanie (Marion Cotillard) en tête à tête avec l'orque, son bourreau.

Cette love story, car c’en est bien une, annonce vite la couleur : ça va être bon, mais ça va faire mal. De rouille et d’os flirte avec le drame social, le film noir, mais reste toujours un peu à part. Récit de la rencontre de deux solitudes, le cinéaste offre surtout un nouveau portrait amer et brutal de la condition humaine. Ici, l’histoire semble insaisissable, volubile, à la fois secondaire et toujours surprenante. Stéphanie se raccroche à une vie nouvelle, Ali n’évolue pas, et pourtant… tout est en mouvement. Ce qui sidère, c’est l’impression que chaque scène est plus forte que la précédente.

Impossible, évidemment, de ne pas parler du duo Cotillard/Schoenaerts. La plus internationale des stars française ne manque pas de talent, et peut dorénavant choisir ses films, ce qu’elle fait avec brio. Face à elle, le belge Matthias Schoenaerts, acteur au physique proportionnel au talent, a tout d’un géant. On pense bien sûr au récent choc de Bullhead, mais nul doute que le boxeur ne s’arrêtera pas là. Que cela soit dans les affrontements ou face à une vie qui n’épargne personne, leurs deux corps sont exposés, vulnérables et fragiles. A tous moments, la douleur est à fleur de peau, et de ce danger omniprésent naît la beauté de la vie qui se bat pour exister.

de rouille et d'os

Matthias Schoenaerts, un acteur qui fait mâle.

La musique, la lumière, le montage… tout est employé au mieux. Petits rien qui savent se faire oublier pour former un tout. Cette esthétique lumineuse contraste avec l’univers carcéral d’Un prophète, mais de la même façon, les images fortes du film marquent les esprits bien au-delà de la projection, il suffit de repenser au face à face entre Stéphanie et l’orque pour ressentir la puissance de ce cinéma. Un autre aurait probablement changé cette histoire en mélo tire-larme, mais le cinéaste n’est pas un autre. Ses détracteurs diront probablement qu’il cède bien volontiers aux effets de mode, mais c’est aussi inscrire farouchement son film dans un présent bien concret. Tout est parfaitement maîtrisé, nul doute, Audiard est au sommet de son art.

Bourré jusqu’à la gueule de sens et de poésie, de rouille et d’os n’est pas aimable et vous chahute jusqu’à vous laisser ressortir complètement vidé. Un vrai choc. Les films estampillés « chefs-d’œuvre » sont agaçants, car ils donnent parfois cette impression d’avoir été bâtis autour de cette intention… et par là-même sont souvent décevants… mais là, impossible de faire autrement. À voir absolument.

Drame. Belgique, France. 1 h 55.

Sortie française : 17 mai 2012.

Réalisation :

Jacques Audiard.

Scénario :

Jacques Audiard,

Thomas Bidegain.

D’après le recueil de nouvelles

Un goût de rouille et d’os

de Craig Davidson.

Photographie :

Stéphane Fontaine.

Musique :

Alexandre Desplat.

Interprètes : 

Marion Cotillard (Stéphanie),

Matthias Schoenaerts (Ali),

Céline Sallette (Louise),

Bouli Lanners (Martial),

Corinne Masiero (Anna)…


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